Près d'un acheteur sur quatre cherche aujourd'hui un bien de villégiature à moins de 150 000 €, selon les données de Green-Acres. Avec un budget médian de 93 500 €, soit trois fois inférieur à la moyenne du marché, ces acheteurs ne renoncent pas à la maison individuelle. Ils arbitrent sur la géographie. À la clé : un studio de 32 m² dans le Var ou une maison de 100 m² en Corrèze.
Pour 105 000 euros au Cap d'Agde, on achète un studio de 36 m². Pour 103 550 euros à Ruffec, en Charente, on devient propriétaire d'une maison de 104 m² posée sur 1 681 m² de terrain. À budget quasi identique, la France propose deux modèles d'achat radicalement opposés. C'est précisément cet écart que met en lumière la dernière étude de Green-Acres sur les achats de villégiature à moins de 150 000 euros.
Le segment pèse lourd : il représente 23 % des recherches sur la plateforme, avec une croissance annuelle de la demande de 7,6 %, soit un rythme proche de celui du marché global (+8,6 %). Loin d'être un sous-marché de repli, la résidence secondaire accessible s'installe comme une composante structurelle du marché immobilier de loisir.
Maison plutôt qu'appartement : l'arbitrage se joue sur le prix au mètre carré
Premier enseignement chiffré : ces acheteurs ne sacrifient pas la nature du bien recherché. La maison individuelle reste leur cible privilégiée à 79 %, contre 77 % tous budgets confondus. La taille se réduit, mais de manière mesurée : 91 m² médian contre 135 m² sur l'ensemble du marché. Le terrain suit la même logique : 1 200 m² médian, soit environ la moitié des 2 324 m² observés sur l'ensemble des recherches.
Le véritable levier d'optimisation se joue ailleurs, sur le prix au mètre carré. À 965 euros le m² médian, ces acheteurs paient plus de deux fois moins cher que la moyenne nationale, fixée à 2 024 euros. L'équation patrimoniale est claire : conserver la maison, conserver une surface habitable correcte, mais accepter de quitter les zones tendues. « Ce marché n'est pas celui du renoncement, mais celui des priorités », résume Benoît Galy, CEO de Green-Acres. « La géographie est devenue le principal levier pour faire coïncider un budget maîtrisé avec un projet de vie ambitieux. »
La conséquence est géographique. Près de deux acheteurs sur trois (64 %) concentrent leurs recherches sur la campagne et l'intérieur des terres, loin devant le littoral (30 %) et la montagne (6 %). Pour 89 000 euros à la campagne, contre 99 000 euros sur le littoral, on accède en moyenne à une maison de 98 m² avec 1 300 m² de terrain, contre 75 m² et 784 m² de jardin en bord de mer. La campagne devient ainsi le territoire où le rêve de la maison se réalise le plus facilement, avec 90 % des recherches portant sur ce format, contre 33 % d'appartements dans les recherches littorales.
Agde, Ruffec, Nièvre : la cartographie d'un marché à deux visages
Le palmarès des départements traduit cette polarisation. En tête figurent la Dordogne (6,1 % des recherches), la Nièvre (5,3 %), l'Aude (5,1 %), la Charente (4,6 %) et l'Hérault (4,1 %). Mais des territoires hyper-prisés comme les Alpes-Maritimes (3,1 % des recherches malgré un prix médian au m² de 3 423 euros) et le Var (2 % avec 1 947 euros le m²) cohabitent dans ce top avec des terres très accessibles comme la Creuse (655 euros le m² médian), la Corrèze (776 euros) ou l'Aveyron (778 euros). L'écart de prix au mètre carré entre le plus cher et le moins cher de ce classement atteint un facteur six.
À l'échelle des communes, l'arbitrage devient encore plus saisissant. Agde, dans l'Hérault, capte à elle seule 28,7 % des recherches du segment et incarne la formule du studio de vacances, avec 36 m² médian pour 105 000 euros. Ruffec, en Charente, représente l'autre archétype : une maison de bourg de 104 m² sur 1 681 m² de terrain pour 103 550 euros. Suivent Carcassonne (20,9 %), Richelieu en Indre-et-Loire, et Sarlat-la-Canéda en Dordogne. Le classement révèle aussi l'émergence de pied-à-terre urbains comme Bordeaux (99 000 euros pour 48 m²) ou Dijon (119 000 euros pour 52 m²), et de refuges hyper-accessibles dans la Nièvre, où Planchez voit son prix médian descendre à 55 555 euros pour une maison de 72 m².
Ce que dessine cette étude, ce sont deux logiques d'achat qui ne se concurrencent plus mais coexistent. La France de l'emplacement, littorale, centrée sur le petit appartement, continue d'attirer les budgets serrés qui privilégient la situation. La France de l'espace, rurale, dominée par la maison, capte ceux qui ont fait le choix inverse. Pour Benoît Galy, le mouvement est durable : « Nous assistons à la fin du marché immobilier unique. La valeur d'un bien ne se lira plus seulement à son code postal, mais à sa capacité à répondre à un projet de vie précis. » Cette intelligence géographique des acheteurs redonne de l'attractivité à des territoires longtemps oubliés, redessinant en silence la carte du désir immobilier français.


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