Le taux du Livret A passera de 1,5 % à 1,7 % le 1er août, une première hausse depuis février 2023. Annoncée le 15 juillet par le ministre de l'Économie Roland Lescure, cette revalorisation a minima compense le retour de l'inflation sans bouleverser la hiérarchie des placements.
Pour un épargnant détenant l'encours moyen de 7 800 euros, la hausse annoncée le 15 juillet se chiffre précisément : 15,60 euros de gain sur un an pleine période, et 6,50 euros sur ce qui reste de 2026. Au plafond de 22 950 euros, le supplément atteint 45,90 euros en année pleine et 18,79 euros d'ici le 31 décembre, selon les calculs du Cercle de l'Épargne. On est loin d'un choc de pouvoir d'achat, mais le symbole compte : le taux du placement préféré des Français remonte pour la première fois depuis trois ans et demi.
Roland Lescure a suivi la recommandation du nouveau gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin. La formule de calcul, qui combine inflation hors tabac et taux interbancaires de court terme, aboutissait mécaniquement à 1,7 % après la remontée des prix constatée depuis mars et la hausse du taux Ester en juin. Cette décision interrompt le cycle de baisse engagé le 1er février 2025, qui avait ramené le rendement de 3 % à 1,5 %. Le Livret de développement durable et solidaire, aligné sur le Livret A, passe lui aussi à 1,7 %.
Une décollecte de 5 milliards d'euros à enrayer
Le contexte donne à cette hausse un relief particulier. Le Livret A a enregistré cinq décollectes en cinq mois depuis janvier, pour un total de 5 milliards d'euros, une série sans précédent d'après le Cercle de l'Épargne. Les épargnants ont arbitré vers l'assurance vie, dont l'encours atteint 2 162 milliards d'euros à fin mai, quand le Livret A plafonne à 444 milliards pour 58 millions de titulaires. Une hausse limitée à 0,2 point ne devrait provoquer qu'un rebond modéré de la collecte, et c'est sans doute voulu : le gouvernement n'a aucun intérêt à inciter les ménages, dont le taux d'épargne atteint déjà 17,9 % du revenu disponible au premier trimestre, à épargner davantage au détriment de la consommation.
L'addition n'est pas neutre pour le secteur financier. Sur un encours de 444 milliards d'euros, 0,2 point de rémunération supplémentaire représente un surcoût annuel d'environ 880 millions d'euros, dont 528 millions pour la Caisse des dépôts, qui centralise 60 % des fonds pour financer le logement social. Les banques, qui conservent les 40 % restants pour prêter aux entreprises et aux collectivités, absorbent le solde.
Le LEP maintenu à 2,5 %, l'écart se resserre
Le Livret d'épargne populaire, réservé aux ménages modestes (revenu fiscal de référence inférieur à 23 028 euros pour une personne seule), conserve son taux de 2,5 %, alors que l'application stricte de la formule aurait conduit à un niveau inférieur, autour de 2,2 % selon la Banque de France. Le coup de pouce se réduit toutefois : l'écart entre le LEP et le Livret A passe de 1 point à 0,8 point.
La prochaine révision interviendra le 1er février 2027, en pleine campagne présidentielle. Il sera alors politiquement délicat de baisser le taux, quelle que soit l'évolution de l'inflation d'ici là.


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